Media4EU

Y a-t-il une stratégie européenne des médias ? Celle-ci est-elle essentielle pour la santé de l’UE et de la démocratie ? C’est par un consensus clair entre les participants que s’est ouverte la conversation conviée par l’Organisation Internationale de la Francophonie et la Fondation EURACTIV, le lundi 15 octobre 2018.

Le contexte est clair : face aux multiples défis auquel est confronté le secteur des médias, l’innovation technologique est clé. Sur la base du rapport The Future of Media Innovation, Professeur Heritiana Ranaivoson de la VUB a souligné l’importance d’intégrer les politiques EU et nationales, d’innover non seulement dans les outils et business modèles, mais aussi dans les contenus. Ce qui nécessite un soutien public, a insisté Pr. Ranaivoson.

La Commissaire européenne à l’économie et à la société numériques Mariya Gabriel a rappelé que le “risque d’interférence n’a jamais été aussi élevé” concernant les prochaines élections européennes pointé par Jean-Claude Juncker dans son discours sur l’état de l’Union. Notant l’absence de définition dans le droit européen de ce qu’est la désinformation en ligne, la Commissaire s’est engagée à examiner de près et avec un regard exigeant en décembre les avancées au regard du Code de Bonnes Pratiques contre la désinformation en ligne. A défaut d’avancées notables, la Commission “fera des propositions” législatives ou règlementaires et souhaite voir émerger un réseau indépendant européen de fact-checkers.

Engagée dans la vérification des faits dans le réseau CrossCheck et rédactrice en chef à EURACTIV.fr, Aline Robert a réagi en appelant les autorités publiques à investir au moins autant que les 300 millions de dollars annuels versés par la Russie à Sputnik. Elle a également demandé à la Commission d’avancer sans tarder, “comme j’ai demandé à ma fille de nettoyer la cuisine immédiatement après avoir tapissé les murs de chocolat en préparant son gateau”. Si ce n’est, a répondu Mme Gabriel, qu’elle n’a pas les mêmes rapports mère-fille avec les GAFAM!

Christophe Leclercq, fondateur de la Fondation EURACTIV, a quant à lui soumis plusieurs idées concrètes, dont celle d’une enquête sectorielle de concurrence, mettant sur le même pied les médias et les plateformes ; d’étudier la concentration transnationale des médias ; ainsi que les régimes nationaux d’aide à la presse, et d’augmenter les programmes d’aide à l’innovation et à la formation (lire ici ses tribunes : ”Pour une stratégie européenne des médias” ; et Plus d’informations de qualité pour lutter contre les « fake news ».”)

Mais tout cela n’aboutira pas à une meilleure couverture des enjeux européens tant que l’Europe n’aura pas les moyens de ses ambitions, a rappelé le député européen Jean Arthuis, président de la Commission budgétaire. “Pour lutter contre la désinformation, il faut d’abord lutter pour l’information”, a-t-il souligné. Ce qui nécessite une Europe qui “s’occupe des biens communs européens : climat, sécurité, espace, agriculture…”. Or, “une Europe et des médias extrêmement fragmentés n’aident pas”. Il faut encourager les alliances au-delà des frontières, tant en termes de partage de souveraineté que de groupes médiatiques. “Le chaos n’est pas la liberté”, a conclu Maroun Labaki, président du Club de la presse européen et fondateur du club de la presse francophone. “Il faut responsabiliser les réseaux sociaux”, a-t-il invité la Commissaire.

Parmi les points d’étape importants des prochains moins, on notera le Plan d’action de l’UE contre la désinformation dévoilé par le Vice-Président de la Commission en charge du numérique, Andrus Ansip, le 5 décembre, alors que le rapport d’évaluation du Code de Pratiques sera publié en décembre. Dans ce contexte, la Fondation EURACTIV prépare un évènement en juin 2019 autour des prochaines politiques européennes pour le secteur des médias : Europe’s Media Lab.

 

Stephen Boucher

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