Media4EU

 

The new President of Brazil has been elected for several reasons, notably corruption scandals prosecuted by the Courts, and also more ‘fake news’ than usual. The usual conduits in this country are not only Google and Facebook, but their respective subsidiaries: YouTube, and chiefly the person-to-person WhatsApp, more difficult to monitor and regulate than open social platforms.

The EU had tried to transfer its nascent know-how of fighting fake news. The June 2018 EU-Brasil Summit held in Brasilia was widely reported in the press (Christophe Leclercq in Brazil before Presidential elections: major press coverage of his views against censorship and for ‘diluting fake news with quality’). There already, the invitee, President of the Supreme Court, had threatened to invalidate presidential elections if they would be based on fake news. This would be the legal equivalent of an atomic bomb, it could trigger civil unrest and army reactions; so of course it was not done.
Several European experts and I advised back in July against following the route of forbidding ‘fake news’, also taken in Germany and considered in France, ie taking a legal view on truth and intent. Rather, we advocated the EU-level approach of exerting maximum pressure on platforms (Entretien avec Globo: Pour contrer la désinformation, un spécialiste européen parie sur plus de coopération en évitant de recourir à la justice) using all instruments, boosting fact-checking, and caring about the health of the media sector.
A French draft law prepared by the Assemblée Nationale in Spring would allow the ‘juge des référés’ to withdraw a TV license at 48h notice. In the meantime, to the relief of many in the media sector, this has been blocked at the French Sénat, perhaps for good?
I was interviewed again on this topic just before the Brazil elections. It was in French, available below, and republished in Portuguese by Estadão, a leading media of Brazil’s economic metropolis (‘Ausência de responsabilidade das plataformas deve ser revista’, diz especialista em fake news).

 

Could Europe learn in return from the Brazil counter-example?

 

Christophe Leclercq @LeclercqEU

 

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‘’L’absence de responsabilité des plateformes devrait être réexaminée”, déclare un expert de la désinformation

Selon le politologue français Christophe Leclercq, un vote de confiance envers les sociétés technologiques ne suffit pas à combattre la désinformation.

Entretien avec Marianna Holanda du média Estadão, basé Sao Paulo, publié le 4 novembre 2018 (lire ici : Ausência de responsabilidade das plataformas deve ser revista’, diz especialista em fake news).

Le politologue français Christophe Leclercq était au Brésil en juin pour une conférence sur la désinformation organisée par le Tribunal Electoral Supérieur (TSE). Membre du Groupe d’experts de haut niveau de l’Union européenne sur la désinformation, il explique en quoi la désinformation nuit à la démocratie et peut favoriser particulièrement les populistes.

Pour Leclercq, les plateformes ont été jusqu’à présent exemptées de toute responsabilité pour le contenu dont elles font la promotion, mais cela doit changer. Non pas via des réglementations, mais grâce à une forme de “co-régulation”. “Personne ne veut que les plateformes deviennent des éditeurs de contenu, ni des médias, mais qu’elles s’en rapprochent. Certains pensent créer une troisième catégorie intermédiaire”, a-t-il dit à Estadão, expliquant que des objectifs et un système de mesure sont établis afin d’assurer une plus grande transparence concernant les actions des acteurs privés.

 

Quelle est la principale découverte du “Groupe d’experts de haut niveau de l’UE sur la désinformation” ?

Christophe Leclercq : Je résume notre rapport ainsi : “Évitez la censure, diluez la désinformation, avec des informations de qualité”. Et maintenant, voilà où nous en sommes, fin octobre en Europe, sur ces trois points. Éviter la censure : éviter, au niveau européen, les tentatives persistantes au niveau national. En France, par exemple, la loi qui donne des pouvoirs aux juges rencontre de grandes difficultés au Sénat.

Au Brésil, la quantité de désinformation lors des élections a été énorme, en particulier via WhatsApp. Comment l’arrêter ?

Christophe Leclercq : Mon hypothèse est qu’il faut freiner les messages privés inspirés par des ‘’fake news’’. Cela n’autorise pas les tiers à accéder à ces messages. Cela préserve la vie privée de l’utilisateur.

Facebook et Google ont tout intérêt à collaborer, ainsi que leur filiales Whatsapp et Youtube, qui posent encore plus de problèmes. Ceci pour plusieurs raisons: protéger les annonceurs, éviter les scandales pouvant affecter les cotations boursières (comme ce fut le cas avec Cambridge Analytica), éviter des lois plus restrictives ou des affaires individuelles. C’est pourquoi, lors du dialogue entre le Brésil et l’Europe sur le sujet à Brasilia, les plateformes ont présenté plusieurs initiatives. Mais il ne suffit pas de leur faire confiance, il faut mesurer les résultats, et maintenir une forte pression sur les plateformes. Ils ont des budgets de lobbying et de communication qui sont considérables, il faut équilibrer le débat.

En Europe, l’utilisation du droit de la concurrence est un instrument important pour faire évoluer ces plateformes. A Brasilia, j’ai recommandé d’utiliser ces outils également au Brésil. Ils existent. Et il faut penser au-delà des élections actuelles.

Quel risque la désinformation en ligne fait-elle courir à la démocratie ?

Christophe Leclercq : La désinformation peut favoriser n’importe quel parti, sur une fausse base, mais elle aide surtout les populistes. L’élection de Trump et le Brexit sont les exemples les plus flagrants.

Pour quoi est-ce que les ‘fake news’ se répandent si vite ?

Christophe Leclercq : Elles ont écrites pour être à la fois crédibles, et rencontrer des préjugés. Elles sont aussi souvent amusantes. Et cela représentent aussi un business: pour les plateformes car elles génèrent de la publicité, et pour les auteurs car elles peuvent apporter des clicks vers leurs sites, qui portent aussi de la publicité.

La désinformation est-elle une arme politique ?

Christophe Leclercq : Oui, c’est clair. A la fois pour des puissances étrangères (en Europe, à la fois la Russie et des forces d’extrême droite américaine), et aussi les forces domestiques. Il ne suffit pas de blâmer des étrangers. Le Brexit a été facilité par des ‘fake news’, mais essentiellement d’origine britannique.

Qui devrait être tenu responsable de la diffusion de la désinformation ?

Christophe Leclercq : L’absence de responsabilité juridique des plateformes a été obtenue au moment où l’on voulait promouvoir internet, par analogie avec les opérateurs télécoms. Il faut revoir cela. Personne ne souhaite que les plateformes ne deviennent des éditeurs, ni elles-mêmes ni les médias, mais elles s’en rapprochent. Certains pensent créer une troisième catégorie intermédiaire. En Europe, durant le mandat 2019-2024, la ‘directive e-commerce’ qui fixait cette absence de responsabilité sera certainement revue.

Quand vous étiez ici au Brésil, vous défendiez la co-régulation pour combattre la désinformation. Comment cela fonctionnerait-il ?

Christophe Leclercq : La co-régulation est un état intermédiaire entre la législation prescriptive et l’auto-régulation (self-regulation). Il s’agit de fixer des objectifs et un système de mesure et de dire aux acteurs privés: ‘soit vous atteignez les objectifs rapidement sur la base d’un accord entre vous, soit nous allons légiférer, et surtout faire savoir que vous n’êtes pas de ‘bons citoyens’. C’était l’option en Europe parce qu’elle est beaucoup plus rapide et moins controversée. Notre “Code de bonne pratique” a été adopté en septembre, et la première mesure de son efficacité sera en décembre. D’après toutes mes indications, cela ne suffira pas : d’autres initiatives seront nécessaires. Notamment, en rééquilibrant les relations entre les plateformes et médias, et en utilisant le droit de la concurrence.

 

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